Fuir le brouillard des vallées comtoises pour les crêtes au soleil

Fuir le brouillard des vallées comtoises pour les crêtes au soleil

Besançon sous un plafond gris depuis trois jours, 2 °C à midi, et sur le téléphone une webcam de station du Haut-Jura qui montre un ciel bleu intense au-dessus d’une mer de nuages. La scène est familière aux habitants de la région entre novembre et février. Elle explique une habitude qui s’est installée chez beaucoup de Comtois : consulter les images des sommets avant de décider où passer le dimanche.

Pourquoi il fait plus beau en haut qu’en bas

Le phénomène porte un nom : l’inversion de température. Par temps anticyclonique, sans vent, l’air froid et dense s’accumule au fond des vallées et des plaines pendant les longues nuits d’hiver. Un couvercle d’air plus doux se forme au-dessus. L’humidité du bas se condense en brouillard ou en nuages bas, que le faible soleil de décembre ne parvient pas à dissiper. Résultat, il peut faire nettement plus doux sur une crête à mille mètres que dans la plaine de la Saône, alors que la règle habituelle veut que la température baisse avec l’altitude.

La Franche-Comté se prête particulièrement à ce contraste. Le relief s’étage en marches successives, de la plaine aux plateaux puis à la haute chaîne du Jura, et au nord le massif des Vosges culmine au Ballon d’Alsace, à 1 247 mètres. Les vallées du Doubs, de la Loue ou de l’Ognon forment autant de cuvettes où le gris s’installe.

Ces épisodes peuvent durer. Tant que l’anticyclone reste en place et qu’aucune perturbation ne vient brasser l’atmosphère, le scénario se répète chaque jour : brouillard givrant le matin en plaine, ciel limpide sur les hauteurs, et une couche grise qui parfois ne se lève pas du tout. Pour qui vit à Vesoul, Dole ou Montbéliard, une semaine sans voir le soleil n’a rien d’exceptionnel en décembre, alors que les crêtes voisines profitent d’un ciel lumineux.

Une sortie qui en dit long sur l’air qu’on respire

L’inversion ne retient pas que l’humidité. Le couvercle d’air chaud empêche aussi les fumées et les gaz d’échappement de se disperser en altitude. Les jours de brouillard persistant, les émissions du chauffage au bois, du trafic et de l’activité s’accumulent dans la couche basse, et c’est souvent à ces périodes que les bulletins régionaux de qualité de l’air signalent des niveaux de particules plus élevés en fond de vallée.

Monter au soleil revient donc aussi, très concrètement, à sortir de cette couche. Depuis un belvédère, on voit d’ailleurs parfois la limite : une ligne nette où le bleu commence, et sous elle une nappe d’un gris légèrement brunâtre. Voir de ses yeux où finit l’air de la vallée donne une autre lecture des fumées du quartier, et du conduit de sa propre maison.

Comment choisir sa crête sans passer la journée en voiture ?

La tendance a ses travers. Les dimanches d’inversion, les routes qui montent vers les sommets les plus connus se remplissent, et une partie du bénéfice s’évapore dans les bouchons et les parkings saturés. Le premier réflexe utile consiste à regarder une carte du relief plutôt que la liste des sites célèbres : il suffit souvent de gagner deux ou trois cents mètres au-dessus de la couche pour sortir du brouillard, et la hauteur de cette couche est indiquée par les prévisions de Météo-France sous la forme de l’altitude du sommet des nuages bas.

Pour repérer un point de vue proche de chez soi, une carte des lieux à visiter dans le Doubs, le Jura, la Haute-Saône et le Territoire de Belfort, avec pour chaque fiche une durée estimée sur place, permet de caler la sortie sur les quelques heures de lumière que laisse une journée de décembre. Le Belvédère des Quatre Lacs, dans le Jura, ou les hauteurs du Ballon d’Alsace font partie des classiques ; des points de vue moins fréquentés offrent souvent le même spectacle avec un parking à moitié vide.

Reste la question du trajet. Monter seul en voiture pour fuir une pollution à laquelle chaque véhicule contribue a quelque chose de paradoxal. Le covoiturage entre voisins, ou le choix d’un sommet accessible en partie par le train ou le car, réduit ce paradoxe sans gâcher la journée. La ligne ferroviaire qui monte de la vallée vers le Haut-Doubs, par exemple, dessert des gares d’où partent des itinéraires de randonnée ou de raquettes ; vérifier les horaires d’hiver avant de s’y fier reste indispensable, car les fréquences y sont modestes.

On peut aussi changer d’échelle. Plutôt que viser le grand panorama, certains se contentent d’une butte, d’une côte boisée ou d’un plateau voisin qui dépasse juste la couche. La sortie dure une heure au lieu d’une journée, et le contraste entre le gris d’en bas et la lumière d’en haut reste le même.

Un rendez-vous qui demande un peu de méthode

L’inversion n’est pas une garantie. Un léger changement de vent, et la mer de nuages se lève jusqu’au sommet, ou se dissipe dans la vallée elle-même en début d’après-midi. Les webcams des stations, des cols et de certaines communes sont la meilleure source de vérité le matin même ; les consulter juste avant de partir évite de monter pour trouver le même gris qu’en bas.

Le soleil d’hiver se couche tôt, avant 17 heures en décembre, et la température chute vite dès qu’il disparaît derrière la crête. Sur les sentiers exposés au nord, la neige tassée ou le verglas persistent longtemps après la dernière chute. Des chaussures adaptées, une couche chaude dans le sac et une lampe frontale font partie de l’équipement de base, même pour une sortie de deux heures.

Un dernier conseil : notez, pendant tout un hiver, l’altitude à laquelle vous sortez du brouillard lors de chaque sortie réussie. Au bout de quelques semaines, vous saurez quelle crête proche suffit selon la hauteur annoncée des nuages bas, et vous gagnerez bien plus de soleil qu’en suivant la foule vers les sommets les plus connus.